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Militante, je le fus pendant longtemps aux côtés de mon mari :

au niveau de la FEANF ( Fédération des Etudiants d'Afrique Noire en France).

au niveau de l'AED (Association des Etudiants Dahoméens).

au niveau de l'ATBF ( Association des Travailleurs béninois en France).

au niveau de l'ABRA (Association des Béninois de Rhône-Alpes).

au niveau du CAARRA (Collectif des Associations Africaines de la Région Rhône-Alpes).

Dans ces différentes structures, j'ai oeuvré pour la réussite scolaire des enfants issus de l'immigration, la défense de l'intérêt des femmes africaines, et la valorisation de leurs acquis.

Dans les organismes officiels chargés de l'intégration des populations issues de l'immigration, j'ai siégé de 1993 à 2001 à la CRIPI Rhône-Alpes (Commission Régionale pour l'Intégration des Populations issues de l'Immigration), pour participer aux discussions et décisions de soutien aux associations et structures qui travaillent sur le champ de l'intégration. Ces étapes m'ont permis de me rendre compte de l'importance de l'inter-culturalité, facteur facilitateur de l'intégration. Je pense que nous avons quelque chose à apporter à la société française qui nous accueille et réciproquement. De nos jours l'inter-culturalité est incontournable.

On ne peut plus se voiler la face et scander ce slogan « la France aux Français », mais il appartient aussi aux immigrés de prendre la parole et valoriser leur culture. Moi j'ai choisi de faire mon parcours à travers le conte, en mettant en exergue l'importance de l'oralité en Afrique pour la transmission de la culture et de l'éducation.

Arrivée en France en 1969, mon parcours universitaire m'a permis de me rendre compte de l'importance de la culture d'origine. Elle permet de maintenir le lien avec son pays et de trouver un équilibre psychique favorable à l'intégration. Quand je me suis engagée dans la vie active et par surcroît dan l'Education Nationale, j'ai eu envie de faire un retour vers ma culture et surtout de mieux la faire connaître.

En Afrique, la tradition orale tient une grande place dans la vie sociale. En l'absence d'écriture, la parole transmise de bouche à oreille remplit des fonctions importantes, aussi bien pour l'individu à qui elle propose des modèles de comportement, que pour la communauté villageoise ou classique dont elle dévoile l'organisation sociale, les croyances et la vision du monde.

La mémoire des peuples de tradition orale est d'une fidélité prodigieuse. Dès le bas âge, l'enfant est entraîné à observer, écouter, si bien que tout événement s'inscrit dans sa mémoire comme sur un cierge vierge. Tout y est : le décor, les personnages et les paroles.

Amadou Hampaté Bâ, le célèbre écrivain noir dit dans son livre Amkoulel, l'enfant peul : « quand je décris le costume du 1er commandant de cercle que j'ai vu de près dans mon enfance, je n'ai pas besoin de me souvenir ; je le vois sur une sorte d'écran intérieur, et je n'ai plus qu'à décrire ce que je vois.

Lorsqu'on restitue un événement, le film enregistré se déroule du début jusqu'à la fin. Quand l'envie de raconter des contes africains m'a saisie, je n'ai pas eu de mal à retrouver un certain nombre de contes de mon enfance. Sur scène, j'avais l'impression de lire sur mon écran intérieur.

Le conte résume les aspirations des hommes par sa portée universelle ; il se fait le messager de toute la tradition d'un groupe social. Compris de tous, éveillant tour à tour les rires et les silences, de l'enfant au vieillard, le conte accompagne chacun sur le chemin de la vie. Chaque conte porte en lui une réponse à une angoisse, une question.

Le conte ci-dessous nous montre les différentes astuces pour résoudre un problème qui se pose à trois personnes. Il est tiré du livre de Jean MUZI « contes des rives du Niger », Castor Poche Flammarion 1985.

Trois hommes cheminaient à travers la brousse. Ils se dirigeaient vers le fleuve qu'ils comptaient traverser avant la nuit.
Le premier portait un sabre, le second un arc et des flèches, le troisième n'était pas armé ; c'était un homme humble, qui portait autour de la tête un long turban de couleur blanche.
Arrivés au bord du fleuve, les trois hommes furent surpris par sa largeur :
— comment allons-nous parvenir à le franchir ? interrogea l'un d'eux.
— que chacun fasse de son mieux, déclara celui qui portait le sabre. Retrouvons-nous sur l'autre rive.
Il s'approcha de l'eau, leva ses bras musclés et frappa le fleuve avec son arme. Les eaux s'entrouvrirent et il traversa rapidement tandis que le passage se refermait derrière lui. Arrivé sur la rive opposée, il se retourna et interpella ses compagnons :
— faites comme moi, leur dit-il.
Le deuxième homme prit son arc et visa un arbre de l'autre côté du fleuve. Il était très adroit et y planta une flèche du premier coup. Puis il tira rapidement toutes les flèches que contenait son carquois. Les flèches s'enfilaient les unes dans les autres et finirent par constituer un pont fragile au-dessus du fleuve. Le deuxième homme l'emprunta et put ainsi traverser à son tour.
Le troisième homme roula lentement son turban. Il fit un noeud coulant qui alla s'accrocher à un arbre sur la rive opposée et il traversa lui aussi.
Les trois hommes étaient de nouveau réunis. Ils échangèrent alors un sourire sans rien dire avant de se séparer.
Moralité : la vie n'est-elle pas un fleuve que chacun traverse à sa façon ?

La société orale a besoin de mémoire ; le conte est là pour sauver de l'oubli le passé et la mémoire des ancêtres, et constitue aussi un instrument d'éducation pour les jeunes, les adultes, toute la communauté. La parole contée joue auprès des enfants un rôle de véritable apprentissage. Elle embrasse des domaines divers tels que l'écologie, l'environnement ainsi que les us et coutumes en vigueur dans la société à laquelle elle appartient. Les contes et devinettes associent généralement des leçons de morale qui découlent soit des personnages mis en scène, soit de la morale proprement dite telle qu'elle se dégage de l'épilogue. Chaque membre de la communauté en tire des leçons et les met en pratique dans la vie quotidienne.

A l'égard des adultes, le conte remplit à la fois une fonction sociologique et politique dans la mesure où les scénarios imaginaires qu'il propose à son public répondent à une double nécessité :

  • d'une part la mise en scène de problèmes vitaux pour le maintien et la survie du groupe.
  • d'autre part l'esquisse d'une thérapie préventive de manière à pallier les excès ou les débordements de certains de ses membres.

Une bonne partie des contes traditionnels africains ont avant tout une fonction de divertissement, de détente : devinettes, chants, proverbes, épopées ou légendes, ils répondent tous à l'un des besoins fondamentaux de l'humanité : écouter et raconter.

Un jour, je recevais dans le CDI ( centre de documentation et d'information ) dont j'étais responsable, une enseignante de français qui travaillait sur les contes africains avec ses élèves ; nous avions acheté une série des « contes populaires du Mali » de Mamby Sidibé , édition Présence Africaine. Un élève a commencé à lire un conte du recueil, je me suis sentie transportée dans les veillées de mon village où j'écoutais des contes. Je suis repartie à la maison avec le livre ; j'ai lu et travaillé le récit commencé ; à la séance suivante je l'ai raconté. Les élèves et l'enseignant étaient émerveillés ! C'est ainsi qu'en immigration, ce besoin d'écouter et raconter m'a motivée pour devenir la conteuse africaine que je suis aujourd'hui. Mon métier d'enseignante a favorisé le contact avec le jeune public.

Ainsi, à travers les contes, je peux faire découvrir cette facette de la culture africaine qu'est la tradition orale. En venant en appui à des projets pédagogiques autour de l'oralité dans les établissements scolaires, je contribue, je pense, à un rapprochement entre la culture d'origine et celle du pays d'accueil, facilitant ainsi la mise en valeur de la culture de l'immigré.

La création de liens sociaux est un vecteur important pour l'intégration. Je le continue à travers mon livre Do Massé, Contes fons du Bénin que je vous invite à découvrir, paru en 2002 chez l'Harmattan, 16 rue des écoles 75005 Paris.

J'anime également dans différentes associations des soirées et rencontres pour appuyer un projet de découvertes et d'actions en direction de l'Afrique. Je continuerai de soutenir toutes démarches d'ouverture culturelle pour mieux faire connaître l'Afrique et sa culture.

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